"DOGMA"

"Le dernier mètre carré doit être le plus cher"

 

Avec ces mots, le chef du projet d'aménagement de ce qui est connu comme la SULZER-Areal à Winterthur, énonçait il y a déjà des années aussi bien un souhait qu'une loi:

L'augmentation permanente des prix du marché immobilière constitue la garantie de l'stabilité des investissements et de l'augmentation permanente des bénéfices.

 

Et si le marché, avec ses caprices, n'est pas en mesure de garantir l'accomplissement de ce projet, des instances un peu moins abstraites feront en sorte que la réalité soit en accord avec leurs souhaits.

 

Et tan pis pour la réalité et pour les gens que la habitent.

 

Une des caractéristiques de tout totalitarisme triomphant, c'est celle de réussir à faire devenir sens commun ce qui n'est qu'une forme de pensé idéologique, visant à garantir la continuité d'un status quo quelconque.

 

Faire croire aux lois du marché, comme autre fois on faisait croire aux lois divines, pour justifier un état de choses, n'est qu'une opération culturelle visant à obtenir l'adhésion ou au moins l'acceptation de la population à des projets qui ne vont pas forcement dans le sens de la défense de leurs droits ou de la satisfaction de leurs besoins.

 

Accepter que le dernier métré carré doit être le plus cher, c'est d'accepter que le but de l'économie ne soit autre que celui de permettre la plus grande concentration de moyens dans le plus petit nombre de mains, sans se soucier des conséquences souvent dramatiques que ce procès produit.

 

Ici, aujourd'hui, à Winterthur, on assiste à un  chapitre de plus de l'histoire conçue comme résultat de la confrontation des forces défendant des intérêts opposés. Le pouvoir du Capital avance. Celui des gens, recule.

 

Et l'art, dans tout ça?

 

L'association d'artistes de la ville de Winterthur fête son centenaire dans les restes des usines qui firent autrefois la fortune de la ville. Ces locaux seront démolis juste après cette exposition, qui dure seulement quatre jours.

 

25 ans d'art pour chaque jour d'exposition.

 

Et pour compléter le cadre, juste un constat du pouvoir religieux de l'économie capitaliste. Ce même loi qui énonce, comme une menace, l'augmentation continuelle des prix du marché immobilière, est appliqué aussi aux œuvres d'art. Deux marchandises, une seule logique spéculative.

 

Sauf que des œuvres d'art, de leur acquisition, les gens peuvent s'en passer. Mais de la nécessité d'avoir un toit sûr la tête, no.

 

("DOGMA", 1 métré carré du sol en béton de anciens ateliers industriels de la SULZER. Et la phrase "Der letzte quadratmeter muss der teurste sein", dimensions variables)